MANIFESTE

Manifeste pour la coopération internationale liée au renforcement des mouvements sociaux  d’émancipation

Nous, les mouvements sociaux, les universités, les ONGD, les organisations et les institutions soussignés, exposons que :

Nous sommes en train de traverser une phase historique que nous pourrions qualifier comme crise de civilisation. Il s’agit d’une crise multidimensionnelle fondée sur les valeurs globales d’hégémonie des quatre derniers siècles, qui ont configuré un système d’organisation et de régulation sociale qui entraîne de la vulnérabilité  structurelle sous forme de désordre, d’inégalité et de non-durabilité. De cette façon, les majorités populaires de la planète, à des degrés et sous formes diverses, vivent sous un Système de Domination Multiple où le capitalisme, le patriarcat, le productivisme, le colonialisme et la démocratie de basse intensité s’articulent afin d’empêcher et d’attenter à la reproduction et à la durabilité de la vie. C’est pourquoi, il est nécessaire de surmonter et de dépasser le statu quo actuel et d’avancer vers d’autres formes d’organisation sociale plus émancipatrices.

Nous vivons un moment de bifurcation historique, qui nous offre de plus en plus des possibilités. Malgré le pouvoir et la force du projet actuel de civilisation -la modernité capitaliste et patriarcale-, ses fissures sont de plus en plus évidentes pour un nombre croissant de personnes, d’organisations, de communautés et de peuples. Tout cela provoque une renaissance de débats sur le bien-être, le bien vivre, le pouvoir, la démocratie, la justice, l’équité et, en définitive, sur la planète et l’humanité que l’on veut. De cette manière, des sujets qui veulent maintenir, ainsi que ceux qui veulent approfondir sur la logique de la civilisation actuelle, discutent et s’opposent à d’autres sujets qui exposent des agendas différents avec des paramètres et des approches radicalement différents. Il s’agit, dans ce sens-là, d’un moment stratégique pour formuler des procédés, des initiatives, des propositions et des valeurs alternatives qui nous permettront d’évoluer en termes de justice politique, sociale, économique, de genre, environnementale et culturelle.

La construction et la mise en place d’agendas alternatifs à partir d’une approche d’émancipation sont, par conséquent, des priorités. Ces agendas permettront l’articulation du sujet populaire divers pour surmonter les  nombreuses asymétries du pouvoir, de l’être et du savoir, inhérents au système actuel. De cette façon, et face à une société globale basée sur le progrès, sur la croissance économique capitaliste illimitée, et sur une démocratie de basse intensité, nous proposons de nouveaux paramètres axés sur la durabilité de la vie, sur la reconnaissance et sur l’articulation de la diversité, sur la démocratie participative, sur la défense de ce qui est commun et de la communauté, sur la politisation du quotidien et sur la confrontation au système et à l’ordre actuelle des choses.

Les mouvements sociaux d’émancipation sont (nous sommes) des sujets stratégiques pour le positionnement de ces agendas alternatifs. Ils ont développé une capacité remarquable pour préfigurer, proposer et appliquer des nouvelles façons de penser, de sentir et d’agir, ce qui devient l’une des formes d’action collective la plus légitime pour les grandes majorités sociales. Dans ce sens, les mouvements sociaux ont dépassé la pensée de la démocratie libérale-représentative, et sont à l’avant-garde des agendas et des cultures qui font face aux valeurs d’identité de la modernité capitaliste et patriarcale.

La coopération internationale, bien que de manière rhétorique dans la plupart des cas, a défini le développement humain et la durabilité comme faisant partie de ses références théoriques. C’est pourquoi, elle doit être conséquente avec ce choix et dans ce sens, la coopération internationale devra se présenter comme un outil d’émancipation permettant de gagner des espaces pour les agendas alternatifs, ainsi que de soutenir et de renforcer les sujets démocratiques défenseurs de cette coopération. Malheureusement, l’Agenda Officiel de Coopération Internationale a dû privilégier les intérêts du Nord Global, cacher la racine systématique de la pauvreté et des asymétries globales; éviter la citoyenneté globale et la responsabilité partagée comme principe, présenter la coopération comme grâce et pas comme un engagement, privilégier les résultats ponctuels face aux transformations structurales, instrumentaliser la participation à la poursuite de quelques buts prédéterminés et préférer les agents anti-contestataires. Il est nécessaire une révision approfondie des valeurs et des dynamiques de la coopération internationale, si nous souhaitons qu’elle soit liée à des logiques émancipation.

Ce réexamen intégral de la coopération signifie changer l’agenda hégémonique actuel pour d’autres agendas alternatifs fondés sur des idées-forces et des propositions d’émancipation. Ainsi, dans ce moment de bifurcation historique, de nouvelles formules de coopération internationale deviennent nécessaires pour contribuer au dépassement de la crise de civilisation. En plus, et face aux symptômes d’épuisement évidents quant à la capacité de générer de la pensée, ainsi qu’une pratique alternative de la part des institutions multilatérales, nous croyons que il est nécessaire et convenable que les nouvelles propositions proviennent du milieu social, des articulations de mouvements, des ONGD, des universités et de tout type d’organisations sociales. Nous insistons, il ne s’agit pas de créer « l’agenda », mais de nombreux agendas d’émancipation. Dans ce sens, nous proposons un agenda que nous considérons stratégique et qui relie la coopération internationale aux mouvements sociaux d’émancipation.

Pour tout cela, nous soussignés, les mouvements sociaux, les universités, les ONGD, les organisation et les institutions, plaidons en faveur d’un agenda alternatif de coopération internationale qui :

  1. PRENNE COMME DOMAINE D’INTERVENTION LA RÉDUCTION DES ASYMÉTRIES GLOBALES. Face au cadre étroit du sous-développement et de la pauvreté, la coopération internationale doit élargir son champ d’application et se présenter comme un outil permettant la détection et le dépassement des asymétries globales. Dans ce sens, il est nécessaire de privilégier la dimension politique de la coopération, d’assumer sa prétention d’incidence structurale fondée sur la capacité réelle d’impact, et d’intégrer l’analyse dé-coloniale comme principe important. En outre, il est nécessaire  que la lutte contre la pauvreté ne soit pas comprise comme un but, mais comme un regard actif de la coopération.
  2. ÉTABLISSE SON CADRE DE RÉFÉRENCE SOUS LA FORME D’IDÉES-FORCE D’EMANCIPATION. Face aux valeurs du progrès, de l’individualisme, de la croissance économique et de la démocratie de basse intensité, nous proposons  que la coopération internationale prenne pour base des idées-force et des valeurs d’émancipation, dérivées du féminisme, de l’écologisme, du socialisme, du bien-vivre, de la décolonisation et d’autres propositions alternatives. Ces idées seraient : la durabilité de la vie, la reconnaissance et l’articulation de la diversité, la démocratie participative, la défense du collectif et de la communauté, la politisation du quotidien et la confrontation au statu quo actuel. Ce cadre théorique de référence doit renseigner et imprégner la pratique réelle de la coopération internationale.
  3. ÉTABLISSE EN TANT QU’APPROCHE LE RENFORCEMENT DES SUJETS D’EMANCIPATION. La coopération internationale, consciente de ses possibilités d’impact et de génération de changements structuraux limités, doit concentrer ses efforts sur le développement et le renforcement des capacités des sujets avec une potentialité d’émancipation. Ce renforcement permettrait que ces sujets d’émancipation puissent élargir leurs champs d’application pour leurs agendas et, par conséquent, créer des changements dans les structures, politiques et dynamiques globales génératrices d’asymétries.
  4. CONCENTRE SES EFFORTS SUR LE RENFORCEMENT DES MOUVEMENTS SOCIAUX D’EMANCIPATION. Parmi le vaste éventail de sujets stratégiques, la coopération internationale devrait privilégier le renforcement des mouvements sociaux d’émancipation, comme l’une des formes d’action collective les plus légitimées pour favoriser les agendas alternatifs. De cette façon, si l’agenda, la stratégie et la culture d’organisation de ceux-ci sont renforcés, nous pourrons faire des progrès en termes de démocratie, de mobilisation sociale, de débat politique et de légitimité populaire.
  5. ASSUME LE CARACTÈRE MULTIDIMENSIONNEL DE L’ÉMANCIPATION. Face aux tendances de coopération internationale axées sur la réduction, sur le privilège et sur la fragmentation des champs d’action, cette nouvelle proposition doit accepter que l’émancipation, ainsi que le renforcement des sujets stratégiques prioritaires pour y réussir, ont un caractère multidimensionnel. C’est pourquoi, la coopération comprend tout ce qui concerne le renforcement des agendas, des stratégiques et des cultures d’organisation des mouvements sociaux d’émancipation. Parallèlement, et étant donné le caractère international de l’outil -réduction des asymétries globales- on mettra l’accent sur l’importance de l’articulation du sujet à l’échelle mondiale.
  6. DÉPASSE LA LOGIQUE NORD-SUD. Les analyses issues des logiques d’émancipation sont civilisatrices, systématiques et globales comme les propositions alternatives pour aller bien au delà de l’état actuel des choses. Dans cette ligne de logique globale, la coopération internationale ne peut pas établir des principes différents en fonction de la géographie, puisque les défis forment un tout. Cela ne supprime pas la réalité d’inégalité et de domination de certains pays, territoires, hommes et femmes, mais elle l’utilise pour proposer des logiques d’action et des stratégiques de dépassement qui répondent de manière diverse et asymétrique aux objectifs communs et globaux.
  7. ÉVALUE LA SCÈNE MONDIALE. Sans préjudice de la contribution locale et nationale, il est important que la coopération internationale établisse la scène mondiale comme priorité, puisque c’est dans cette dimension où l’on trouve les agents, ainsi que les logiques les plus importantes par rapport à la modernité capitaliste. La confrontation n’est possible qu’à partir de la construction d’une citoyenneté globale critique, et la coopération internationale ne peut pas rester à l’écart de cette réalité. Dans ce sens, on devra accorder une importance particulière aux réseaux internationaux et régionaux des mouvements sociaux d’émancipation, ainsi que privilégier l’articulation des sujets et des agents du Nord Global et du Sud Global sous la forme d’une stratégie conjointe.
  8. FAVORISE UN DIALOGUE HORIZONTAL, OUVERT ET SANS CONDITIONS. Nous misons sur les systèmes de financement exactifs, fondés sur des engagements économiques explicites, inaliénables, planifiés et stables dans le temps. Parallèlement nous misons sur les espaces de négociation à caractère constitutif et souverain, à partir de débats ouverts, intégraux et sans conditions préalables.
  9. CONSIDÈRE L’ALLIANCE POLITIQUE COMME PRINCIPE DE RELATION ENTRE LES AGENTS. L’alliance suppose une responsabilité politique partagée, avec des objectifs conjoints et des tâches spécifiques pour chacun en fonction de leur position ; l’alliance suppose privilégier et créer des liens fondés sur la confiance, sur la proximité et sur la compréhension mutuelle; l’alliance suppose dépasser la logique de donneur-récepteur et de partie-contrepartie en faveur des dynamiques horizontales. 
  10. CRÉE UN NOUVEAU CADRE TECHNIQUE INSTRUMENTAL À VOCATION STRUCTURALE. L’esprit politique de l’agenda alternatif doit pénétrer dans le domaine technique et administratif. Dans ce sens, on doit dépasser la logique de recherche de résultats immédiats et à court terme, ainsi que du cadre technique et instrumental qui lui donne sa forme pour établir de nouveaux instruments orientés vers le moyen et le long terme et qui encouragent l’analyse politique périodique, qui adoptent et invitent à la multidimensionnalité du renforcement des sujets et qui permettent la flexibilité en ce qui concerne la définition des buts et des dynamiques. 
  11. INTÈGRE UNE RAISON ADMINISTRATIVE COHÉRENTE AVEC LA LOGIQUE D’ÉMANCIPATION. L’administration, sans préjudice de la transparence, ne peut pas être une barrière qui empêche l’accès et la participation des mouvements sociaux dans la coopération internationale, elle devra s’adapter à l’identité de ces sujets et à la logique d’émancipation. Dans ce sens, les dynamiques de gestion seront fondées sur la confiance, sur la simplicité et sur la flexibilité; en même temps, on privilégiera des aspects politiques face à des aspects techniques et administratifs quant aux  conditions d’accès.

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